Light Art

« Structure réciproque », installation, 3 x 3 x 2,1 m, 2017.

Bois de Papin du nord, vis, acier, portes. 

Il n’est pas rare de faire l’expérience, surtout dans les logements de petite taille, d’un passage délicat entre deux portes trop rapprochées l’une de l’autre, de telle sorte qu’un corps à corps s’impose avec cet agencement mal calculé.

D’une manière similaire, chacune des douze portes de cette installation s’ouvre sur deux montants, en angle droit, laissant obligatoirement l’un ouvert et l’autre fermé. Invité à y pénétrer, le visiteur se rend vite compte que ce n’est pas la fonctionnalité qui est de mise, mais plutôt un échange avec la structure sur le mode du jeu, ou de l’expérience pure.

En la traversant, il est contraint d’adapter son mouvement à la structure, franchissant telle ou telle porte. Ce faisant, il modifie la structure elle-même, en y ouvrant des passages, des couloirs. Le titre met en avant l’ influence réciproque entre la forme de la structure et le déplacement de celui qui s’y trouve, influence qui renverse la vision fonctionnaliste, verticale, qui assigne à une forme son usage propre. Ce lien vertical entre forme et usage deviens ici transversal, la forme influence l’usage, mais celui-ci influence à son tour la forme, à la manière d’un équilibre poreux.

Dans le domaine de la construction, la réciprocité est une technique qui consiste à créer un équilibre, une structure stable, en répartissant des charges égales sur un ensemble de constituants, souvent identiques. On peut dire qu’un château de cartes est une somme de structures réciproques, car chacune des cartes exerce la même force sur sur la carte suivante que celle-ci exerce en retour sur elle.

Ici, la réciprocité s’exprime par la relation égalitaire ou horizontale entre forme et son usage. D’autre part, la porte s’ «émancipe» de sa fonction symbolique, par cette caractéristique incongrue, voire Duchampienne, que chacune d’elles soit à la fois ouverte et fermée.